Le nombre d’itinérants risque d’exploser avec les nouvelles stratégies du gouvernement Harper (Crédit photo: Kymberly Janisch/ Flickr Creative Commons).
SHERBROOKE (CUP) — Notre cher gouvernement Harper récidive avec sa rhétorique idéologique légendaire, à savoir « nous on sait, envers et contre tous ». Cette fois-ci, il s’agit de s’en prendre aux itinérants. Ainsi, face à la complexe problématique de l’itinérance, le fédéral entend proposer sa petite recette miracle et bousiller au passage ce qu’il y a en place. C’est quand même fort.
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Dans son dernier budget, le gouvernement Harper a annoncé son intention de sabrer généreusement – on parle d’une perte de 12 % des budgets accordés – dans la Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance (SPLI) qui finance de nombreux organismes en lien avec la problématique itinérante. Dans la Métropole, on parle de 55 organismes qui seront directement touchés par la manœuvre fédérale. Chacun de ces derniers organismes devra vraisemblablement se départir d’un à deux employés, les fonds manquant à l’appel. Plus encore, ce sont les 50 000 Québécois qui vivent ou risquent de se retrouver en situation d’itinérance qui écoperont.
Alors que le programme SPLI fonctionne adéquatement et sur divers front depuis déjà 12 ans, voilà qu’on s’en lave les mains et qu’on ébranle dangereusement tout ce qui avait été construit auparavant, notamment en terme d’initiatives et d’organismes. Le gouvernement Harper s’en remet aujourd’hui, et quasi religieusement, à l’approche « Housing First » ou « Logement d’abord». À titre indicatif, « Le Logement d’abord » est un modèle misant sur l’octroi de logements aux itinérants. Ce modèle voit dans le fait de trouver un logement à une personne itinérante le panacé suprême pour lutter contre l’itinérance, rien de moins. Vision réductrice du phénomène de l’itinérance s’il en est. « Il n’y a pas une seule réalité d’itinérance , […] Différentes formes d’aide doivent être apportées », expliquait récemment Pierre Gaudreau, président du Réseau solidarité itinérance du Québec (RSIQ).
Le problème de miser beaucoup sur une seule chose, comme le fait « Logement d’abord », c’est qu’on délaisse immanquablement le reste. Le reste, c’est : le soutien alimentaire, l’intervention en toxicomanie et en santé mentale, le travail de rue, les programmes d’insertion sociale et professionnels, le soutient dans les refuges, et j’en passe. L’itinérance ne se réduit pas à trouver un logement – bien que ce soit un excellent point de départ –, la réalité est iminement plus complexe et diversifiée.
Et puis, un autre problème avec le Logement d’abord, c’est qu’il risque de n’apporter support qu’à une frange limitée de la population itinérante (personnes vivant en milieu urbain et/ou souffrant de maladie mentale). Finalement, il y a à craindre que certains organismes qui ne correspondant pas à l’approche Logement d’abord, se voient refuser du financement.
Il est triste de voir le gouvernement fédéral nous vanter l’idée de cette réforme en affirmant que cela va nous faire sauver de l’argent, que c’est « très efficace » et que le gouvernement américain a adopté un tel programme. Comme c’est rassurant! Encore une fois, on peut observer que se camper aveuglément sur les positions américaines (politiques envers le pétrole, appui à Israël, etc.), le gouvernement Harper , il connait ça.
Heureusement, Québec fera front contre cette réforme fédérale. « S’il y a un domaine où il ne peut pas y avoir de mur-à-mur, c’est bien le social », tonnait même Régis Labeaume. Il en va de l’accès aux ressources essentielles pour les personnes figurant parmi les plus vulnérables de notre société.
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